Les Rencontres Focus RH du 23 janvier 2007 ont rassemblé des professionnels de qualité. Mario Vavassori, directeur de OD&M, Organisation Design & Management, l'Observatoire des salaires italien, nous a exposé son analyse sur les variations de salaires en Europe, plus particulièrement en Italie, en Espagne et en France.
Pouvez-vous nous expliquer dans un premier temps en quoi consiste votre Observatoire des salaires ?
J'ai créé l'Observatoire des salaires en Italie en 2001, puis en France et en Espagne en 2005. Nous avons mis en place trois sites Internet pour les trois pays : www.suisjebienpaye.fr, www.cuantomepagan.com en Espagne, et www.quantomipagano.it. Pour recueillir les informations, nous demandons aux individus de nous donner leur salaire brut annuel et, en échange, nous leur fournissons des informations sur les tendances du marché. Ainsi, en 2006, nous avions 1,7 million témoignages en Italie, 350 000 en France et 300 000 en Espagne. Nous sommes donc en mesure de positionner la grille des rémunérations des salariés du secteur privé en fonction de la zone géographique, du secteur d'activité et de la taille de l'entreprise. Nous avons également des éclairages sur les variations de salaire suivant l'âge, le sexe, l'expérience et le niveau d'études. Avec l'ensemble des données, nous réalisons tous les ans des études sur l'évolution des salaires. Notre vision du marché va s'étendre puisque un site va être lancé en Allemagne en avril 2007, puis en Angleterre d'ici la fin de l'année. Par ailleurs, notre projet "Euro Salaries" vise à observer tous les ans la dynamique du marché du travail.
Quelles sont les tendances au sein des différents pays ?
La France et l'Italie se positionnent de la même façon par rapport à l'Espagne. La variation des salaires entre eux est en moyenne de 18%. Mais le rapport est le même partout : pour un dirigeant qui gagne 100 000 euros bruts annuels, le cadre a 50 000 euros bruts annuels, et le salarié récolte 25 000 euros bruts annuels.
En France les dirigeants sont mieux payés qu'en Italie (+15%). Cela s'explique notamment par une présence plus importante de grands comptes. Par contre, les cadres italiens perçoivent un salaire supérieur, 50 000 euros bruts annuels, contre 45 000 pour les cadres français. En Italie, ils sont moins nombreux, 700 000, donc mieux rétribués. En effet, les cadres représentent une catégorie spécifique de personnes qui encadrent des équipes, alors qu'en France, tout spécialiste peut décrocher le titre de cadre. C'est pourquoi votre pays en compte 2 millions. La situation espagnole est semblable à la vôtre mais les salaires des cadres varient de 25 000 à 80 000 euros bruts annuels.
Que pouvez-vous nous dire sur l'évolution des salaires en Europe ?
Nous constatons que la situation a changé depuis l'année 2000. On assiste à une baisse générale des salaires. Pour un salaire de dirigeant (100%) la proportion pour un salarié est passé de 30% à 25% dans les 5 dernières années, avec un diminution de 5 point du salaire brut ! A 100 000 euros annuels bruts, celui du cadre devient 30 000 euros annuels bruts et celui du salarié avoisine les 12 000 euros annuels bruts ! Dans certains secteurs d'activité comme la finance, la banque, la communication et les télécommunications, la variabilité est incontrôlable. Les plus sérieuses sont les vieilles industries. Mais tous secteurs confondus, l'écart entre les différents salaires se creuse. Cela laisse supposer une dévalorisation du travail. Ceci est dû à une combinaison de plusieurs facteurs, mais une des principales causes est la pauvreté du processus de création de valeur. Les jeunes vont avoir du mal à trouver leur place, un travail motivant avec lequel ils pourront construire leur futur. Ils vont devoir s'adapter à une innovation de plus en plus rapide et la cultiver. Un véritable challenge !
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C'est donc prouvé, la crise est passée par là et n'a pas induit de comportements vertueux des acteurs : réfléchir à leurs process, leur création de valeur et à la manière dont sur un métier on peut dégager de l'efficacité sur le fond, sans tomber ds des logiques de baisses des prix et des charges, qui affectent les salaires collectifs.
Au moment où on réfléchit à la meilleure manière de libérer les entreprises tout en protégeant les salariés qui st de plus en plus mal considérés ou traités dans différentes entreprises, ne serait-ce pas le temps où il faille personnaliser la réflexion du lien Etat/Entreprise sur l'emploi?
La création de valeur est en panne, certes, et c'est là où les marges ne permettent plus de rémunérations confortables.., cependant, les sociétés qui créent de la valeur devraient montrer l'exemple et être empêchées au besoin de licencier leur personnel, sur la base d'un examen rapide de leurs comptes par les services fiscaux. Une belle application au Ministère des Finances pourrait permettre de passer en revue la "valeur" d'une entreprise au moment où elle pense licencier (car selon les secteurs, 70% de ses charges totales st des charges de personnel, et le licenciement est communément utilisé comme une variable d'ajustement en phase de repli économique). :
- une logique d'interdiction de licenciement se justifierait selon moi dans le cadre des sociétés innovantes et qui elles, créent de la valeur comme les forces vives qu'elles sont,
- quand celles qui ne pourraient continuer longtemps dans un processus délétère pourraient licencier, avec ou sans revue de son audit de forces avec l'Etat..? pour permettre une réflexion sur son positionnement et ses réels besoins en compétences, avec ou non une étude d'un réajustement possible de ses ressources..sur son marché si besoin est.
Les plus forts peuvent supporter de donner l'exemple, si leur santé financière et immatérielle est prouvée. Et donc supporter des contrats de travail engageants. La précarité des salariés ou leur mauvaises conditions de rémunérations ne devrait être liée qu'à la précarité de leur société, moralement parlant. Afin qu'on ait vraiment des logiques de deux poids, deux mesures mais qui sont justifiées au "mérite" de l'entreprise, et non pas administrées par le code du travail qui est aveugle par nature sur les situations réelles.
A charge ensuite pour ces sociétés plus "généreuses" parce compétentes de faire des recrutements exigeants en retour, au lieu que l'on observe dans ttes les entreprises et mm ds les petites une recherche systématique de celui/celle qui a fait ailleurs le même travail déjà pour que l'entreprise ait l'impression de ne pas supporter un risque à l'embauche, quand le droit du travail en CDI effectivement lui fera porter, après période d'essai, le poids de son erreur si les qualités professionnelles de son salarié ne sont pas au rendez-vous.
Ce stress qui s'impose à toute taille de structure est incompatible avec un marché du travail flexible et mobile, qui permettrait néanmoins plus de formations, d'expériences et de libertés tant aux employeurs qu'aux employés. Et la mobilité ou l'employabilité transverse également qui sorte les employés "de leur unique sillon sinon point de salut" pour retrouver un poste ailleurs.
Le recrutement est devenu par essence discriminatoire pour la plupart aujourd'hui, d'où les difficultés évoquées dans l'article, comment devenir dirigeant si on ne peut commencer que par être salarié, et que l'on est ensuite enfermé dans un profil de poste puisque personne d'autre ne vous donnera une chance de progresser dans ces sociétés "nouvelles"..
Oui, l'avenir vu comme cela est bien difficile pour qui n'a pas les parents et le réseau lui permettant de tracer vite et bien vers des expertises "payantes" parce qu'il en aura été informé par un milieu privilégié.
C'est bien l'ascenseur social qui est tombé en panne à la fin des trente glorieuses pour les enfants de soixante-huitards.
Les erreurs ne sont pas pardonnées, même si la compétence et le potentiel individuel existent. Seul le CV fait foi et loi. S'il est bien embouché. Sans penser sérieusement changer de tuyau..sinon vous passez pour instable au lieu de curieux ou de quelqu'un d'ambitieux qui veut rajouter des cordes à son arc. Non, il faut être dans UNE voie sous prêtexte de ne pas être crédible.
En totale cruauté mentale et sociale. Qui donne donc une prime à celui qui ne bougera pas.
Pauvres pays de vieux.
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