1.22.2007

Une vie de combats en faveur des démunis en ont fait l'une des figures les plus appréciées des Français. L'abbé Pierre, dont l'appel de l'hiver 1954 avait déclenché "l'insurrection de la bonté", n'a jamais cessé de s'attaquer au mal-logement et à la "maladie de l'indifférence".
L'abbé Pierre est mort lundi matin à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris où il avait été admis le 14 janvier dernier pour une infection pulmonaire. Il était âgé de 94 ans.
Toute sa vie, il a lutté. D'abord contre l'occupant nazi, puis contre la misère et les injustices.
Né Henri Grouès le 5 août 1912 à Lyon, cinquième d'une famille bourgeoise de huit enfants, il entre chez les capucins à 19 ans après avoir distribué ce qu'il possède à des oeuvres de charité. Ordonné prêtre en août 1938, il quitte le clergé régulier pour le clergé séculier et devient vicaire à Grenoble l'année suivante.
Mobilisé comme sous-officier dans les Alpes et en Alsace, il est atteint de pleurésie. Au moment de la défaite contre les Nazis en mai 1940, il est à l'hôpital.
De retour dans l'Isère, il rejoint la Résistance au cours de l'été 1942, crée des maquis qui deviendront une partie de "l'armée du Vercors" et fait passer des évadés et des Juifs en Suisse. C'est là qu'il prend son nom de guerre, abbé Pierre. Il diffuse aussi des journaux de la presse clandestine. Arrêté en mai 1944 par l'armée allemande, il s'évade, passe en Espagne et rallie Alger en juin, où il rencontrera le général de Gaulle.
Il se lance par la suite dans la politique sous les couleurs du MRP (Mouvement républicain populaire, démocrate-chrétien), qu'il quittera ultérieurement. Il est député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à 1951.
En 1949, il accueille dans la maison délabrée qu'il restaure à Neuilly-Plaisance, dans la banlieue est de Paris, un homme désespéré, Georges. Le lieu devient une auberge de jeunesse internationale baptisée "Emmaüs". Commence le combat contre l'exclusion.
Les premières communautés de Chiffoniers Bâtisseurs d'Emmaüs naissent sur le principe "donne-moi ton aide, pour aider les autres". Elles regroupent des déshérités qui se mettent, par leur travail de récupération, au service de plus déshérités. "Emmaüs est devenu une récupération d'hommes à l'occasion de récupération de choses", définit l'abbé Pierre.
Les communautés essaiment rapidement. On en compte aujourd'hui 161 en France, 421 groupes répartis dans 41 pays sur quatre continents (Europe, Amérique, Afrique, Asie).
Hiver 1954. Une fillette meurt de froid dans un bidonville de Neuilly-Plaisance. L'abbé Pierre invite aux obsèques le ministre du Logement de l'époque, qui s'y rend. Aux premières heures du 1er février, une sexagénaire expulsée de son appartement décède d'hypothermie sur le trottoir du boulevard Sébastopol à Paris. Très vite, le religieux lance son célèbre appel. "Mes amis, au secours", supplie-t-il sur Radio Luxembourg, déclenchant une vague de solidarité extraordinaire.
Des gens de toutes les conditions sociales donnent argent, couvertures et nourriture pour permettre à l'abbé Pierre et à ses compagnons d'Emmaüs de mettre en place des hébergements d'urgence. Dans la foulée, le Parlement adopte à l'unanimité dix milliards de francs de crédits pour réaliser immédiatement 12.000 logements d'urgence à travers toute la France pour les plus défavorisés.
Des épisodes narrés dans le film "Hiver 54", sorti en France en 1989.
Malgré une santé fragile, l'abbé Pierre multiplie les voyages -il échappe à un naufrage en 1963 dans le Rio de La Plata en Uruguay- et se fait partout la "voix des sans-voix".
Pour les "nouveaux pauvres" du début des années 80, Emmaüs organise des distributions de soupes de nuit et met sur pied en 1984, avec le Secours catholique et l'Armée du Salut, la Banque alimentaire. En cette période de chômage croissant, l'action en faveur des sans-logis de renforce. La Fondation Abbé Pierre est créée en 1988 pour le logement des défavorisés.
En 1989, année du bicentenaire de la Révolution française, l'abbé Pierre propose de changer les paroles de La Marseillaise, afin que l'on "n'évoque la guerre que contre les cinq misères des sans-pain, sans-toit, sans-travail, sans-école et sans-soins".
Dans les années 1990, il milite pour les droits des immigrés -régularisation des sans-papiers et logement. Lors de la Pentecôte de 1991, il jeûne aux côtés des "déboutés du droit d'asile" à l'église Saint-Joseph à Paris. L'été suivant, toujours dans la capitale, il soutient des familles de squatters du quai de la Gare.
Au printemps 1996, l'abbé Pierre fait scandale en apportant son appui à son ami Roger Garaudy qui publie un ouvrage négationniste, "Les mythes fondateurs de la politique israélienne".
Mais les Français retiennent surtout les engagements généreux du prêtre catholique. A 17 reprises, de 1988 à 2003, il figure en tête du palmarès Ifop-"Journal du dimanche" des 50 "Français préférés des Français". Si bien qu'il a demandé à ce que son nom ne soit plus proposé aux personnes interrogées pour "laisser la place aux jeunes".
Le 1er février 2004, il participe sur l'esplanade du Trocadéro à Paris, aux 50 ans de l'appel de l'hiver 1954. Le même jour, en marge de cette cérémonie officielle, il n'hésite pas à se rendre auprès de familles emmenées par l'association Droit au logement et qui ont planté des tentes à quelques centaines de mètres du ministère du Logement, sur l'Esplanade des Invalides.
Mais "depuis plusieurs mois, il n'accepte plus de sollicitations publiques", en raison de sa fatigue, selon son entourage. Ainsi, il n'a pas fait entendre sa voix durant le mouvement des Enfants de Don Quichotte "mais s'en inquiétait, et a voulu être tenu au courant de l'évolution de la situation", a expliqué à l'Associated Press le directeur général de la Fondation abbé Pierre Patrick Doutreligne.
L'abbé Pierre a été fait officier de la Légion d'honneur en 1981, au titre des droits de l'Homme, puis commandeur en 1987 pour son action dans le domaine du logement. En 2001, il s'est vu remettre les insignes de grand officier de la Légion d'honneur. Lors d'un récent repos en Suisse, il confiait souhaiter que sur sa tombe soit gravée l'inscription: "Il a essayé d'aimer".
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Un homme bon, et engagé pour le bien contre le mal. Quelle force toujours d'indignation pour forcer les nantis à l'écouter, quand ils n'écoutaient pas même leur conscience.Et quelle vie de courage et de rébellion qui sont des leçons d'humanité toutes entières.
 
Sa mort, à la veille d'une semaine de grand froid et en plein hiver, est dûe à l'état de ses poumons qui le faisaient déjà souffrir jeune. Ils l'auront donc bien servi encore pendant toutes ces années.
 
Est-ce une ironie du sort qu'il accepte de s'en aller pour le grand repos qui lui sera fêté, au moment où ce sont d'autres que lui qui auront provoqué récemment le sursaut d'indignation de trop devant l'horreur de la vie dans la rue et au froid pour les indigents et enfin ! amené le parlement à voter ce droit opposable au logement qu'il appellait de ses voeux depuis ce fameux hiver 54.
 
54 - 2007 : 53 ans de lutte pour que cette conscience humaine soit actée en droits. Est-ce que ce n'est pas trop long cette attente au regard de l'histoire ? A-t-il attendu ce moment pour enfin pouvoir laisser sa vie et sa mission, dont le flambeau a été repris par d'autres ?
 
Il paraît que l'on est moins pauvre qu'avant dans notre société, mais l'accueil des pauvres a-t-il été à la hauteur des besoins?...Si l'on s'emploie sans doute trop tard mais heureusement quand même à éviter les scandales de morts indignes, n'est-ce pas indécent d'avoir attendu si longtemps des réactions concrètes dans un pays qui était riche encore dans les années des trente glorieuses ?
Et que Jacques Chirac arrête de faire semblant, qu'il l'honore avec une immense déférence, mais reste conscient de sa propre responsabilité de Président dans ces blocages qui ont tellement durés.
 
Que ce Grand Monsieur repose en paix auprès de tous ceux qu'il a défendus et qui l'attendent, à la droite du Père. Nul doute que la petite fille des bidonvilles lui sautera au cou.
 


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